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Angelita Bettini est décédée à Toulouse. D'un seul et même mouvement, de la République espagnole à la Résistance.

 

Angelita Bettini (Marie Angèle Bettini Del Rio) est décédée le 6  novembre 2017.

Vous en saurez plus en lisant les lignes ci-dessous et les articles cités…..

Angelita l’insoumise et l’impossible oubli

Lundi, 1 Février, 2010. L'Humanité. Pau, envoyée spéciale.

Résistante avant l’heure, Angèle Bettini del Rio fut internée de 1940 à 1944. Elle était invitée par la Cimade, ce week-end, à Pau, pour un colloque sur l’enfermement administratif.

À quatre-vingt-huit ans, Angèle Bettini del Rio a les yeux malicieux de ceux qui ont l’insurrection chevillée au corps. Haute comme trois pommes, cheveux gris coupés court et clope au bec, Angelita, comme la surnomment ses amis, est une insoumise de naissance. « Toute petitoune, raconte-elle avec son accent chantant du Sud-Ouest, j’étais aux Jeunes filles de France. » On l’imagine à l’époque, avec son bagou et ses longues anglaises noires… « J’étais remarquable et remarquée », confirme-t-elle malicieusement. Née à Toulouse de parents réfugiés espagnols, elle vient de se fiancer quand, en 1940, le maréchal Pétain annonce sa venue dans la Ville rose. Ce 5 novembre, ils sont douze à organiser un lâcher de tracts au milieu du défilé vichyste. Le système est ingénieux : sur le toit d’un immeuble, les papiers subversifs ont été posés sur une tapette à rats qui se déclenche à retardement. Timing parfait : les tracts atterrissent sur la casquette du maréchal, on imagine sa tête… « C’est le premier acte de résistance à Toulouse, dit-elle fièrement. À l’époque le mot n’existait même pas ! » Trois semaines après leur lancer héroïque, les jeunes résistants sont arrêtés et traduits devant un tribunal militaire. « On était connus comme le loup blanc, raconte Angèle. On avait organisé des collectes pour les républicains espagnols. À quatorze ans, j’avais même participé aux grèves de 1936, comme apprentie ! » Le couperet tombe : Angèle est déchue de sa nationalité et envoyée au camp de Récébédou. Elle a dix-huit ans. Aux côtés des autres « indésirables », tsiganes, antinazies allemandes, juives, républicaines espagnoles, Angèle connaît la « valse des camps », comme elle dit d’un ton léger. En juin 1940, Angèle arrive à Rieucros, le premier camp de concentration ouvert en France. Neuf mois plus tard, elle est transférée à Brens où elle restera deux ans. C’est dans ce camp du Tarn qu’elle connaît l’« événement le plus insupportable » de sa vie : « Le 26 août 1942, la police française vient chercher nos amies juives allemandes et polonaises pour les déporter en Allemagne. » Prévenues par les équipières de la Cimade, les femmes du camp vont se battre à mains nues contre les policiers. « Nous avons perdu et elles ont été transférées vers Drancy, puis déportées. Aucune d’elles n’est revenue. » Le 6 juin 1944, alors que les Alliés débarquent, Angèle arrive au camp de Gurs d’où elle s’évadera deux mois plus tard. Elle dit : « À la faveur du temps je ne regrette pas d’être passée par Gurs, car j’ai vu et j’ai compris que l’oubli est impossible. Je me fais un devoir de témoigner dans les écoles pour q ue les enfants sachent. » Aujourd’hui, cette « dinosaure des camps », comme elle se définit, consacre donc toute son énergie à raconter son histoire ; répétant ici et là qu’il « ne faut pas oublier de réagir contre certains régimes ». Elle ajoute : « La tâche de la Cimade, qui nous a aidées dans les camps, est loin d’être achevée. Les exemples se succèdent partout, comme tout récemment avec les Kurdes de Corse. » En 2003, la conteuse Gigi Bigot a écrit un superbe spectacle inspiré de la vie d’Angèle, Peau d’âme, qui fut joué à Pau vendredi. Sur une musique de Michèle Buirette, elle chante : « Je suis Angèle, tout juste dix-huit ans / La peau blanche comme la neige / La colère rouge comme le sang / Indésirable, indésirée / Le fil du barbelé dépenaille mes ailes. »

Marie Barbier

Scènes d’une vie :

-  5 novembre 1940 : lâcher de tracts, rue Alsace à Toulouse, sur le défilé du maréchal Pétain.

-   26 avril 1940 : arrestation du groupe de jeunes résistants communistes.

-   28 juillet 1944 : évasion du camp de Gurs (Pyrénées-Atlantiques).

-   5 novembre 2009 : la mairie de Toulouse pose une plaque sur l’immeuble d’où furent lancés les tracts.

 

 Le message de Rémi Demonsant.

Secrétaire de l’Association pour Perpétuer le Souvenir des Internées des Camps de Brens et de Rieucros              (https://apsicbr.wordpress.com/)

Angelita nous a quittés hier au petit matin. Voici le message apaisant que nous a adressé, Pierre Bettini, l’un de ses enfants : Maman nous a quittés à 4 h 30 doucement mais surtout entourée de tout l'amour de ses enfants.

Ainsi Angelita aura continué la lutte jusqu’au bout, jusqu’au 77ème anniversaire du premier acte de Résistance à Toulouse le 5 novembre 1940 qui lui a valu quatre années d’internement arbitraire dans les camps du Rébédou, de Rieucros, de Brens et de Gurs.

Notre première rencontre avec elle fut un véritable coup de foudre, il y a plus de 19 ans le 4 octobre 1998, lors du Salon du Livre de Gaillac quand elle s’exclama vous m’avez réhabilitée ! en réponse à l’ovation qui avait accueilli son témoignage, aux côtés de ses amies Monique Lise Cohen et Rolande Trempé qui nous a récemment quittés. Cette 1ère rencontre fut un coup de foudre au sens propre pour une grande partie du public qui découvrait l’existence d’un camp de concentration pour femmes à Brens, aux portes de Gaillac, à quelques centaines de mètres de l’Abbaye Saint Michel où se tenait cette conférence. Cette 1ère rencontre fut également un coup de foudre au sens figuré pour cet auditoire qui tomba sous le charme d’Angelita, cette femme superbe et entêtée selon l’expression de Michel del Castillo. Comme toutes celles et tous ceux qui ont eu la chance, le bonheur de la connaître, nous étions séduits par son humanité bienveillante, par sa liberté de pensée, par son sourire malicieux et frondeur.

A nous à présent de poursuivre son combat en informant et en témoignant ainsi qu’elle l’a fait avec enthousiasme, de façon inlassable jusqu’à l'épuisement de ses dernières forces, auprès de tous les publics et tout particulièrement auprès des jeunes des écoles, collèges, lycées et universités.

Bien cordialement, Rémi Demonsant,

_ Quand renaissent parfois les « polémiques » sur les dates d’entrée en résistance il faut apprendre  qu’Angélita et son mari Yves (son fiancé à l’époque) collectaient des fonds le dimanche à Toulouse pour soutenir la République espagnole, fonds assez régulièrement confisqués par la police au cours des heures de mise en dépôt sous le porche qui existe encore à droite dans la cour du Capitole. Tous deux s’étaient encore élevés lorsqu’un imposteur avait tenté d’instrumentaliser la tragédie de l’assassinat de Guy Môquet; ils avaient lu sa lettre au Lycée Bayard de Toulouse (aujourd’hui Urbain Vitry). Pour Yves et Angelita, un seul et même mouvement. JF LB._

 

 

 

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